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IUScholarWorks Journals
25.10.56 Hrubý, Petr. Silver Mining in the Kingdom of Bohemia (13th-14th Centuries).

L’ouvrage de Petr Hrubý est une remarquable synthèse des connaissances, principalement archéologiques, concernant l’activité minière à la périphérie de la principauté puis royaume de Bohême-Moravie entre les XIIIe et XIVe siècles. Particulièrement bien illustré (comprenant près de deux cents planches) et une vaste bibliographie en diverses langues (notamment tchèque et allemand), le texte s’étend sur plus d’une centaine de pages: il est clair, précis et nuancé. L’auteur expose avec humilité et efficacité, tout un ensemble de données issues pour la plupart de fouilles publiées auxquelles il a lui-même parfois contribué ou qui ont été réalisées dans le cadre de recherches publiques (en particulier universitaires).

L’ouvrage met en lumière l’existence d’un véritable district minier autour de Jihlava (Iglau), principalement fondé sur la production d’argent au cours du XIIIe siècle, avant que ne s’impose la production de Kutná Hora. Il comprend une vingtaine de chapitres de quelques pages qui font à chaque fois le point sur les connaissances acquises et dessinent les contours de recherches futures, en évoquant les questions qui demeurent en suspens. Après un exposé sur la mise en place de l’habitat et les formes de colonisation durant les siècles centraux du Moyen âge en Bohême, l’auteur s’attardent sur les gisements argentifères et métalliques révélés par les études archéologiques. Il inscrit les premiers moments de leur exploitation dans un contexte européen plus vaste (une belle carte de localisation des sites miniers inventés manifeste l’ampleur de l’activité à l’échelle du continent, jusqu’alors peu considérée dans son ensemble, p. 158).

Hrubý poursuit en focalisant son attention sur les temps fort de l’exploitation en distinguant l’époque des Přemyslides de celle des Luxembourg, en notant les débuts (parfois hésitants) de certains sites et leur progressive disparition à la fin du XIIIe siècle en Bohême et Moravie. Il n’oublie pas d’évoquer les traces ténues, sur certains cours d’eau, d’une production aurifère contemporaine et les quelques témoignages d’une production de fer (attesté par des zones de grillages). Il enchaîne sur la législation minière, l’existence d’ateliers monétaires et l’attestation d’officiers seigneuriaux en charge soit de la frappe des monnaies, soit de la production (Urburarii). Surtout, il s’attarde sur la documentation archivistique disponible et les analyses qu’elle a suscitées pour qualifier l’existence de mines et la met en relation avec les fouilles jusqu’alors établies. Il insiste sur les liens étroits qui associent ces sites avec les bourgs et les villes voisins.

Dans la seconde moitié de l’ouvrage, l’auteur expose plus précisément les résultats et les questionnements des différentes campagnes de fouilles ou d’exploration réalisées au cours de ces vingt dernières années dans la zone de Jihlava. Il débute par une présentation des données géologiques et morphologiques, des observations réalisées dans les puits ou des galeries repérées (notamment à l’aide de SIG), les outils mobilisés. Surtout, il détaille, en plusieurs chapitres, les principales étapes du cycle de production de l’argent, telles que les données archéologiques les révèlent. Il débute par le traitement du minerai: le broyage et la sélection des pierres extraites, identifiée notamment grâce à des meules, des structures de lessivage et de tri. Il s’attarde ensuite sur les lieux de grillage et les restes des bas fourneaux. Il termine par la présentation des restes du processus de coupellation: la présence de plomb, de litharge, de restes céramiques, de poids, de pierre de touche découverts lors des fouilles.

Hrubý explore ensuite le statut et le rôle des acteurs de la production (notamment les smelters), à travers la documentation écrite et la présence de forgerons investis dans le cycle de production dont les traces archéologiques sont nombreuses, avant de s’interroger sur l’importance des combustibles consommés. Il enchaîne sur la description des habitats (maisons, villages et forteresses) et leur organisation spatiale, leur lien avec les villes voisines en dévoilant ainsi l’existence d’un véritable district minier autour de Jihlava. Il tente aussi de préciser l’organisation sociale de ces communautés de mineurs, le statut social des habitants, les privilèges dont ils jouissent: le mode de gouvernance et les usages communautaires qui régissent leurs activités collectives. Il cherche aussi à établir leur mode de subsistance (au moyen des données archéobotaniques disponibles, des restes archéozoologiques), leur richesse et leur relations sans doute fortement dépendantes à l’endroit des communautés rurales proches. Enfin, l’auteur conclut par un aperçu bien venu sur les transformations du paysage liée à cette exploitation médiévale, somme toute limitée (à un peu plus d’un siècle): l’évolution de la couverture forestière et plus largement de la végétation, des cours d’eau et de la pollution générée par les activités.

C’est donc un ouvrage précieux que Petr Hrubý nous propose qui place désormais la Bohême parmi les régions minières européennes bien documentées, qui ouvre des perspectives comparatives prometteuses. A cet égard, il serait utile d’ouvrir un vrai débat avec les données produites dans le bassin méditerranéen (qui sont juste évoquées dans le texte).