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24.02.01 Dessì/Méhu (eds.), Images, signes et paroles dans l’Occident médiéval

24.02.01 Dessì/Méhu (eds.), Images, signes et paroles dans l’Occident médiéval


Ce volume rassemble dix contributions couvrant l’ensemble de la période médiévale. La première moitié concerne la tranche VIe-XIIe siècle tandis que la seconde aborde la peinture des XIVe et XVe siècles, essentiellement italienne. La longueur des articles est très inégale allant de douze à septante-huit pages, conformément au parti pris des éditeurs de laisser la liberté aux auteurs quant à la dimension de leurs textes. Les thématiques abordées sont multiples, de même que les méthodologies.

La moitié des études du volume partent d’une inscription, ou de l’acte d’inscrire, sur un objet. Textes et objets sont analysés en relation symbiotique pour donner sens l’un à l’autre. Marc Sureda i Jubany propose ainsi une étude renouvelée de quelques lipsanothèques catalanes réalisées entre le Xe et le XIIe siècle. Certaines conservent la liste des reliques contenues dans l’autel pour en garder la mémoire et pour signaler la puissance agissante des reliques. De telles listes pouvaient aussi être inscrites directement sur la pierre de la table d’autel, à l’instar de la table d’autel découverte à Guelma (Algérie) qui offre un point de départ à la recherche de Vincent Debiais. L’inscription dans la pierre ne transmet pas seulement la liste des saints déposés dans l’autel, mais mentionne explicitement la nappe couvrant l’autel, permettant ainsi de se livrer à une étude des inscriptions conservées sur deux magnifiques objets. Tout d’abord, une nappe d’autel offerte dans le troisième quart du IXe siècle par la comtesse Berthe à la cathédrale de Lyon. Le texte brodé sur le tissu, agencé en trois niveaux, ne se révèle qu’une fois la nappe déployée sur l’autel lors des grandes fêtes liturgiques. Le reste du temps, il est rendu invisible, enfoui dans le pliage du tissu. Ensuite, la fameuse broderie de Gérone (vers 1075), qui servait très probablement de voile de Carême, dépliée une fois par année pour une durée limitée. Les inscriptions sur textiles offrent donc l’occasion d’étudier les textes dans leur logique d’expositions éphémères. A contrario des inscriptions intégrées dans les matériaux stables, certaines étaient marquées sur des supports éphémères (poussière, sable), sur le sol, lors de rites ecclésiastiques (celui de la consécration en premier lieu). Étudiées ici par Lucy Donkin, ces pratiques, attestées par plusieurs textes, sont à mettre en relation avec le Christ et la fonction didactique du sol. Vinni Lucherini aborde quant à elle l’inscription du chancel de San Pellegrino à Bominaco qui servit de datation aux peintures murales de l’édifice. Or, son enquête passionnante et minutieuse à travers les sources documentaires et matérielles révèle que le chancel fut déplacé et ne peut servir d’argument de datation du décor peint. Elle parvient ainsi à montrer de façon absolument convaincante que l’édifice fut à l’origine la salle capitulaire du monastère érigée et décorée par l’abbé Bérard vers 1230. Finalement, Rosa Maria Dessì rouvre le dossier de l’inscription Convenerunt in unum de la Flagellation du Christ de Pierre della Francesca et propose une vaste et ambitieuse analyse exégétique et iconographique de cette œuvre extrêmement débattue.

L’autre moitié des études est consacrée à la peinture, murale ou sur panneaux. Les études articulent pour la plupart les images aux textes (théologiques, historiques, exégétiques) et sont intégrées dans une histoire culturelle des images. À partir du frontal de Santa Eugenia de Saga (fin du XIIIe siècle), Clovis Chloé Maillet montre à la fois l’importance du culte de sainte Eugénie, dont la transition de genre est exprimée à la fois dans les textes et les images, en Catalogne et amorce de nouvelles et bienvenues pistes de recherche dans l’histoire genrée des images médiévales. Océane Acquier parvient de manière convaincante à relier cinq ensembles de peintures murales du Quattrocento représentant dans les sept démons porte-étendard dans les scènes infernales à un sermon de Vincent Ferrier. Sa démonstration, claire et concluante, considère la manière dont les peintres exploitent les prédications et articule culture visuelle et acte oratoire. Giulia Puma propose ensuite un corpus d’œuvres comparatives au panneau représentant La Manne provenant de la prédelle d’un polyptyque peint par Carlo Braccesco à la fin du XVe siècle. Par la présentation du saint sous l’autel et un jeu de mise en abyme, la présence agissante des reliques de l’autel est rappelée à la communauté ecclésiastique et aux fidèles. Thomas Golsenne prend également une œuvre (La Vierge entourée de saintes du maître de la légende de sainte Lucie) comme point de départ d’une démonstration qui tend à mettre en exergue la transition d’une culture du signe à une culture de l’objet dans laquelle les attributs des saints se réfèrent aux objets bien connus des fidèles: les ex-voto. Le champ civil est représenté dans ce volume par l’article de Germain Butaud qui rouvre le dossier des peintures de la tour Ferrande pour avancer une nouvelle datation basée sur une vaste enquête à travers les sources historiques et généalogiques. Il recule d’une génération la date de la commande récemment proposée par Térence Le Deschault de Monredon qui a établi une commande par Barral II de Baux entre 1323 et 1331. Le regroupement de ses résultats avec les données d’histoire de l’art, et en particulier avec une analyse stylistique, manque toutefois à l’argumentation.

La cohérence d’ensemble qui unit les différentes contributions fait défaut. La sélection des articles s’est effectuée à partir de deux journées d’étude aux thématiques différentes (Signes et images dans l’église médiévale et Peintures murales: Approches opérationnelles et historiques 2018) et la lecture de l’ouvrage rend nettement compte de cette division. Il s’agit davantage d’un recueil d’articles que d’un volume consacré à une thématique abordée par des études de cas et des méthodologies différentes. Toutefois, les résultats de différentes recherches renouvellent souvent considérablement les données admises jusqu’ici sur des sujets spécifiques. Le chercheur puisera donc ponctuellement des articles, selon ses centres d’intérêt. Il ne trouvera en revanche pas un état de la question sur la thématique que laisse envisager le titre: les liens entre les signes et les images durant le Moyen Âge occidental.