The Medieval Review 16.12.02


Ciabattoni, Francesco, and Elsa Filosa, and Kristina Olson, eds. Boccaccio 1313-2013. Memoira del Tempo, 48. Ravenna: Longo Editore Ravenna, 2015. pp. 372. €28.00 (paperback). ISBN: 978-88-8063-827-8 (paperback).



Reviewed by:


florence Bistagne
Université d'Avignon--Institut universitaire de France
florence.bistagne@univ-avignon.fr

Le volume Boccaccio 1313-2013 contient les actes du colloque international tenu à Washington, DC 4-6 octobre 2013 pour les sept cents ans de la naissance de Boccace sous l'égide de l'American Boccaccio Association. Après les remerciements d'usage et une introduction qui présente le colloque et le volume (6-10), une partie comprenant les résumés des articles (11-26) bilingue italien-anglais donne une bonne vision de l'ensemble sous les titres des différentes parties du recueil.

Le recueil est donc composé de 7 parties soit 22 articles, du programme du colloque, dont toutes les interventions n'ont pas été publiées vu leur nombre (321-328), d'une note sur les contributeurs (329-341) et de deux précieux index: des noms et des manuscrits et documents d'archives avec leur localisation (341-365).

La première partie "Historicizing Boccaccio's Life and Work" (29-86) comprend 4 articles qui remettent en perspective la différence intellectuelle entre Boccacce et son ami Pétrarque (Mazzotta, 29-41) notamment du point de vue de la pensée politique et de la place que doit tenir l'intellectuel dans la politique de son temps. Partant de leur appréciation différente sur le rôle de Dante, dont Boccace a écrit une des premières biographies élogieuse, tandis que Pétrarque était convaincu que la modernité nécessitait une nouvelle esthétique, Mazzotta se penche ensuite longuement sur la Genealogia deorum gentilium dans lequel il voit Pétrarque comme à la fois un interlocuteur de choix (il est cité nommément dans l'ouvrage) et la cible polémique de la conception de l'histoire de Boccacce. Mazzotta voit donc en Pétrarque un précurseur de Machiavel mais en Boccace celui de Vico! L'article de Caferro (43-55) s'intéresse à un épisode historique particulier, celui de la guerre de Florence contre les Ubaldini du Mugello en 1349-1350. Cette guerre est fort documentée chez les chroniqueurs comme Villani ou et dans les pratiche mais l'article montre qu'elle est aussi un lien littéraire entre les tre corone que sont Dante, Pétrarque, Boccace (55). L'article de Dameron (57-69) fait un point de vulgarisation sur la peste et son bacille à la lumière de l'historiographie des études scientifiques sur ce sujet depuis le milieu du XIXe siècle. Mise au point technique intéressante dans ce chapitre plutôt historique qui se clôt par un article de Weaver (71-86) sur la mode et ses liens avec la richesse dans le Decameron. Prenant appui sur le lexique abondant employé par Boccace (73, 75, 76-77 notamment) pour désigner les vêtements, les attitudes par rapport à celui-ci (se dévêtir, s'habiller), leur fonction de marqueur social (pauvrement ou richement vêtu) à une époque où le costume féminin et masculin sont en train de se différencier, l'auteur enrichit son article d'une vaste iconographie (81-84) et nous montre combien le vêtement sert de prétexte pour Boccace pour dessiner une nouvelle civilité, cachée sous l'éloge ou la critique du vêtement (86).

La deuxième partie, intitulée "Friendship," ne comprend que deux articles, centrés l'un (Barolini, 89-105) sur le concept de consolazione à travers les œuvres de Boccace et l'autre (Bragantini, 107-115) sur la seconde lettre à Mainardo Cavalcanti dans laquelle Boccace évoque le destin de sa propre œuvre avec une certaine anxiété, nouant ainsi de façon déjà moderne la problématique entre la littérature et le réel.

La troisième partie "Beyond the Decameron" comprend quatre articles (119-157) qui s'intéressent aux œuvres dites mineures comme le Filocolo ou la bucolique Faunus. Il est vrai que cet éclairage est moins spécialisé mais ces efforts de vulgarisation sur des œuvres méconnues est à saluer dans un ouvrage qui réunit autant de contributions dans une volonté de quasi exhaustivité.

La partie suivante, "Intertextuality" (161-222), est proprement passionnante grâce à sa recontextualisation de Boccace à la fois dans ses rapports avec la littérature monastique (Delcorno, 165), hagiographique (169), historique (173) mais aussi dans l'appréhension de ses œuvres qu'en ont fait les moines, et notamment les Franciscains (178) qui réalisent la première traduction du Decameron en latin, ressource de la première traduction française de Laurent de Premierfait, comme il le rappelle lui-même dans sa préface. L'auteur consacre deux pages à la lecture de Bernardino de Sienne (184-186) des œuvres de Boccace. Les articles suivants (Ellero, 187-201 et Holmes, 213-221) traitent de sujets assez convenus "désir, vertu et fortune" et "les ruses féminines" dans le Decameron mais proposent une bibliographie à jour.

La cinquième partie "Boccaccio as Author & Editor" (225-273) est une partie plus philologique dans laquelle quatre articles (Candido, Banella, Nussmeier, Cappelletti) reviennent sur la place du Decameron dans l'histoire des genres littéraires, entre tradition et rénovation (schémas 228-229) et aussi sur la place de Boccace lui-même comme éditeur-passeur de textes et de culture, notamment de Dante, Vita Nuova et De Vulgari Eloquentia. Trois manuscrits sont étudiés du point de vue de l'écriture, de la mise en page et des caractéristiques propres à Boccace (270) qui permettent de dater et de confirmer l'hypothèse d'une histoire littéraire basée sur son travail. Ceci nous amène naturellement aux deux dernières parties, "Boccaccio and the Pre-Humanists" (275-296) et "Performative Boccaccio" (299-319) dans lesquelles deux articles contextualisent la poétique de Boccace entre Mussato et les Néoplatonistes florentins (Papio) dont évidemment Marsile Ficin (Grudin): ils ont le mérite de re-situer ces courants philosophiques dans une histoire littéraire, certes empreinte de la tradition antimonastique médiévale, mais dans laquelle le Decameron est une des premières étapes menant vers la défiance envers les autorités religieuses et la lente libération des consciences (296). La dernière partie s'intéresse aux ballate et canzoni dans le Decameron, héritières de la tradition stilnovistica mais singulièrement présentes dans une œuvre déjà moderne (Shepard) et aux emprunts à Boccace par le dramaturge napolitain du XVIIIe siècle Pietro Trinchera (Cicali). Ces deux articles d'ouverture clôturent agréablement le volume avant des annexes fournies dont, nous l'avons dit, un index des manuscrits avec leur localisation tout à fait précieux.

Le volume est bien articulé, mêle des travaux scientifiques de spécialistes et quelques articles plus vulgarisateurs mais non descriptifs, assez bien problématisés, et représente une mise au point sur les études en cours sur Boccace, en répertoriant les chercheurs travaillant actuellement sur ces sujets au niveau international. Les volumes "anniversaires" sont toujours importants car ils permettent de se repérer dans la bibliographie et celui-ci n'échappe pas à la règle.



Copyright (c) 2016 Florence Bistagne



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