<?xml version="1.0" encoding="UTF-8" standalone="yes"?>
<!DOCTYPE article  PUBLIC "-//NLM//DTD JATS (Z39.96) Journal Archiving and Interchange DTD v1.1 20151215//EN" "https://jats.nlm.nih.gov/archiving/1.1/JATS-archivearticle1.dtd">
<article dtd-version="1.1" article-type="book-review" xmlns:xlink="http://www.w3.org/1999/xlink">
    <front>
        <journal-meta>
            <journal-id>TMR</journal-id>
            <journal-title-group>
                <journal-title>The Medieval Review</journal-title>
            </journal-title-group>
            <issn pub-type="epub">1096-746X</issn>
            <publisher>
                <publisher-name>Indiana University</publisher-name>
            </publisher>
        </journal-meta>
        <article-meta>
            <article-id pub-id-type="publisher-id">25.10.16</article-id>
            <title-group>
                <article-title>25.10.16, D’Aguanno Ito, Marie, Orsanmichele
                </article-title>
            </title-group>
            <contrib-group>
                <contrib contrib-type="author">
                    <name>
                        <surname>Jérôme Hayez</surname>
                        <given-names/>
                    </name>
                    <aff>Centre national de la recherche scientifique
                    </aff>
                    <address>
                        <email>Jerome.Hayez@univ-paris1.fr</email>
                    </address>
                </contrib>
            </contrib-group>
            <pub-date publication-format="epub" date-type="pub" iso-8601-date="2022">
                <year>2025</year>
            </pub-date>
            <product product-type="book">
                <person-group>
                    <name>
                        <surname>Ito, Marie D’Aguanno</surname>
                        <given-names/>
                    </name>
                </person-group>
                <source>Orsanmichele: A Medieval Grain Market and Confraternity </source>
                <series>The Medieval Mediterranean, 131</series>
                <year iso-8601-date="2024">2024</year>
                <publisher-loc>Leiden </publisher-loc>
                <publisher-name>Brill</publisher-name>
                <page-range>Pp. XVIII-756</page-range>
                <price>$218.00 (hardback)</price>
                <isbn>978-90-04-45009-7</isbn>
            </product>
            <permissions>
                <copyright-statement>Copyright 2025 Trustees of Indiana University. Indiana University provides the information contained in this file for non-commercial, personal, or research use only. All other use, including but not limited to commercial or scholarly reproductions, redistribution, publication or transmission, whether by electronic means or otherwise, without prior written permission of the copyright holder is strictly prohibited.</copyright-statement>
            </permissions>
        </article-meta>
    </front>
    <body>
        <p>Cette étude peut paraître inhabituelle à plus d’un titre. D’abord pour l’importance de
            l’investissement de l’autrice, qui a produit ce gros ouvrage, avec l’annonce d’un second
            volume qui devrait le compléter dans une dimension d’histoire institutionnelle et
            sociale (<italic>Orsanmichele: A Medieval Neighborhood, Court System, Church, and
                Monastery</italic>). Elle l’est aussi par son matériau, rassemblé presque uniquement
            à partir de sources éditées et d’études antérieures, dans une région où les dépôts
            d’archives conservent des séries souvent plus riches qu’ailleurs. Elle l’est encore en
            liant des thèmes qui, sans être inexplorés, ne sont pas abordés d’habitude par les mêmes
            chercheurs, dans la mesure où ils relèvent à la fois de l’histoire économique, des
            pratiques religieuses et de l’histoire de l’art, dans un contexte d’histoire
            institutionnelle également très présent. L’ouvrage place au cœur de ses analyses la zone
            d’Orsanmichele au centre de Florence, qui connaît de profonds remaniements au cours de
            la période 1280-1350. Sur la place avoisinant une petite église du haut Moyen Âge, San
            Michele in Orto, se tient depuis le milieu du XIIIe siècle un marché aux grains. La
            commune décide en 1284 de remplacer l’église par une loggia pour préserver ce marché des
            intempéries. Sous cette première loggia édifiée par l’architecte Arnolfo di Cambio prend
            aussi très vite place un oratoire encadrant une image de la Vierge. Une confrérie s’y
            établit dès 1291 et sa popularité se diffuse rapidement suite à quelques miracles. Mais
            la lutte de factions entre guelfes noirs et blancs finit par susciter en 1304 un vaste
            incendie qui dévaste toute la zone. La nouvelle loggia, édifiée avec des matériaux moins
            élaborés, paraît déjà en mauvais état une vingtaine d’années plus tard; après
            l’inondation de novembre 1333, la commune prend en 1336 la décision de la reconstruire
            sous une forme plus élaborée, intégrant deux étages au-dessus des arcades. Ainsi naît
            l’édifice actuel, conçu au départ surtout à l’intention du marché, des entrepôts et des
            bureaux associés, plus tard transformé en église après le milieu du siècle, quand la
            confrérie obtient le départ du marché, jugé trop salissant. Le nouveau tableau de la
            Vierge qui y prend place, œuvre de Bernardo Daddi (1347), est complété en 1359 par un
            tabernacle de marbre sculpté par Andrea di Cione Orcagna.</p>
        <p> </p>
        <p>La plus grande partie du volume est consacrée au marché, et le met en contexte avec
            l’évolution démographique de Florence, alors l’une des villes les plus peuplées
            d’Europe, ainsi que la place des grains panifiables dans l’alimentation contemporaine et
            les circuits d’approvisionnement régionaux, développés par la commune par l’entretien
            des routes, mais aussi largement complétés par des importations venant du royaume de
            Naples et de la Sicile, à travers des commandes déléguées aux grands marchands. Ito
            décrit l’encadrement du marché par une institution mise en place par la commune
                (<italic>Sei della biada</italic>) et les liens des opérateurs avec les
            organisations de métiers (<italic>Arti</italic>) avant d’évoquer l’activité de Domenico
            Lenzi marchand de grains (<italic>biadaiolo</italic>) et auteur d’un manuscrit où il
            note des mercuriales qu’il enrichit de passages narratifs, commentaires et poésies ainsi
            que d’enluminures. Sont ensuite évoquées les diverses formes du commerce de céréales et
            l’opposition entre ce marché de grains plus contrôlé et le Mercato Vecchio, ouvert à des
            acteurs plus variés et couvrant une gamme plus complète d’aliments. Deux chapitres sont
            consacrés à la confrérie d’Orsanmichele, abordée sous l’angle institutionnel mais
            surtout à travers les rites, temps et espaces des activités organisées autour de l’image
            de la Vierge. L’autrice revient ensuite en détail sur l’une des principales disettes de
            la période, qui survient en 1329-1330 et dont les autorités parviennent à contenir les
            conséquences par des mesures exceptionnelles. L’ouvrage se complète d’une annexe plus
            que copieuse (plus de 200 pages) constituée de sept appendices dédiés aux extraits de
            livres de comptes privés mentionnant des transactions de grains dans la seconde moitié
            du XIIIe siècle, aux licences d’exportation de grains accordées aux Florentins dans le
            royaume de Naples (1276-1329), aux qualités de grains distinguées par Domenico Lenzi et
            à sa description des lots vendus sur le marché d’Orsanmichele lors de la disette de
            1329-1330, aux dignitaires de la confrérie d’Orsanmichele avec mentions parallèles des
            offices exercés par eux et leurs agnats, aux disettes et catastrophes naturelles
            touchant Florence entre le XIIe et le début du XIVe siècle, à des graphiques illustrant
            l’évolution des prix des grains en 1329-1330 et des morceaux choisis de la chronique
            tenue par Domenico Lenzi sur la même période.</p>
        <p> </p>
        <p>Cette grande abondance d’informations réunies autour d’un marché abordé sous toutes ces
            facettes est néanmoins un peu déparée par deux aspects. Il s’agit d’une part de l’usage
            des sources primaires, en particulier la méconnaissance de la fluidité des langues de la
            période, pour le latin mais plus encore pour des vernaculaires comme le toscan. Cela se
            traduit par exemple par l’insertion de <italic>sic</italic> superflus dans certaines
            citations (133, 279, 388 et 397) ou la qualification de certaines variantes comme une
            écriture phonétique (160), par la présence de nombreux termes mal accordés dans la
            transcription des rares sources latines inédites (120, 136-137), par des incertitudes
            sur les racines étymologiques et les formes dérivées (<italic>apothece</italic>/botteghe
            18, <italic>banca</italic>/panca 90 et 142) et des formes erronées, par exemple pour les
            noms de métier (145) ou les toponymes (par ex. San Andrea et San Tomasso pour
            Sant’Andrea et San Tommaso 176 et 265, Torcioda pour Torcicoda 366, Mazarra, Val di
            Mazara et Mazaria pour Mazara del Vallo 204 et 213, Maradi et Petrasancta pour Marradi
            et Pietrasanta, aujourd’hui Casaglia, 257, Monte Topoli pour Montopoli 222, Monteluro
            pour Monteloro 326); ainsi que quelques interprétations discutables comme celle du terme
            polysémique <italic>arte</italic> comme “guilde” là où il signifie visiblement “exercice
            d’une activité professionnelle” (169) ou encore des traductions trop littérales:
            “chamberlain” pour un trésorier (<italic>camerarius</italic>, 46) ou “nuncio” pour le
            messager d’un magistrat (203). Mais plus encore, par l’ignorance de règles usuelles
            comme celle de ramener au singulier du nominatif les termes latins et de normaliser les
            termes vernaculaires, quand ils sont cités pour leur valeur sémantique: par ex. “a
                <italic>laudes</italic>” (177) ou “The Mercato Vecchio or <italic>Foro
                Vetere</italic>” (176); ou d’éviter le mélange de termes latins et vernaculaires,
            dont l’alternance “<italic>vexifiller </italic>[<italic>sic</italic> pour
                <italic>vexillifer</italic>] di iustitia / gonfalonieri di iustizia [pour
            gonfaloniere di giustizia]” (559).</p>
        <p> </p>
        <p>L’agencement de l’ouvrage et son mode d’exposition présentent par ailleurs une alternance
            entre une majorité de chapitres où un thème comme le marché aux grains est disséqué sous
            les angles les plus variés: l’histoire du lieu, le cadre spatial, les institutions, la
            réglementation, les temporalités, les produits, les mécanismes des prix, les acteurs et
            métiers impliqués, etc., thèmes eux-mêmes ventilés en diverses sous-parties; des fiches
            de lecture concernant des aspects plus périphériques, par ex. sur la typologie des
            bateaux, les relations économiques de Pise, les interactions entre marchands génois et
            florentins, le catharisme à Florence, etc.; et quelques sections où le lecteur affronte
            une longue énumération de données numériques: volumes des licences d’exportation de
            grains du royaume de Naples et prix des grains, notamment lors de la disette de
            1329-1330. Dans les premiers, on observe la répétition constante de quelques faits mis
            en évidence, tels le marché à deux niveaux fondé sur la distinction hiérarchique entre
            les métiers des <italic>granaioli </italic>et <italic>biadaioli</italic>, l’importance
            acquise par les grains d’Italie du sud dans les circuits d’approvisionnement florentins,
            l’implication du régime récent de la Seigneurie dans ce marché, sans que la thématique
            particulière du chapitre ne le justifie toujours. Emblématique de ces redondances est la
            mention récurrente de la principale famille repérée dans le voisinage, les Macci: qu’il
            s’agisse de la population du quartier, des acteurs et institutions du marché, des
            organisations de métier, ou même de la vague locale de catharisme et de la disette, sont
            à chaque fois évoquées leurs options politiques et leur participation au commerce
            international, aux <italic>Arti maggiori</italic> et au nouveau régime (34-36, 115-116,
            131-132, 142, 147, 149, 267-270, 395). Les fiches de lecture entraînent parfois aussi le
            lecteur dans des détails superflus; parfois elles résument au contraire des
            connaissances tellement diffuses qu’il n’était pas indispensable de les rappeler
            (Francesco Balducci Pegolotti et les compagnies commerciales, 129-131). La lecture des
            chapitres consacrés aux données numériques aurait en revanche été facilitée par la
            réalisation de graphiques supplémentaires, pour les licences d’exportation de grains du
            royaume de Naples, et par l’intégration au commentaire de ceux contenus dans
            l’appendice, pour les prix des grains lors de la disette de 1329-1330.</p>
        <p> </p>
        <p>Cette exploitation assez limitée des données de l’appendice, privilégiant le commentaire
            émaillé d’exemples sur l’analyse quantitative, se retrouve par ailleurs avec le long
            tableau des dignitaires de la confrérie d’Orsanmichele. On aurait pu imaginer une étude
            prosopographique plus fouillée, recoupant cette liste avec les données nominatives
            contenues sur davantage de sources, mais repérant aussi mieux la récurrence des offices
            pour certains individus ou lignages et dessinant peut-être des profils plus spécifiques
            pour les charges de capitaine et de trésorier qu’un simple écart social entre les deux
            offices (329). Une des limites de l’ouvrage est d’ailleurs de considérer les familles
            comme des blocs monolithiques, partageant immanquablement les mêmes options politiques.
            Dans ce tableau, les recoupements avec les membres de la Seigneurie, ceux de certaines
            organisations de métier et de la compagnie Bardi sont mis sur le même plan, que le
            dignitaire de la confrérie se trouve attesté en personne parmi ces diverses associations
            ou qu’un de ses agnats y ait été repéré, comme si la distinction des personnes ou
            l’écart chronologique éventuel entre les charges n’avaient pas de poids. Dans certains
            cas, la parenté du dignitaire avec son parent supposé semble d’ailleurs mal assurée,
            quand elle repose sur l’indice ténu du partage d’un nom de père fréquent comme Iacopo,
            Rinaldo ou Gherardo (562-563, 568-569, 560-561, 574-575, et 654-655). Dans tout
            l’ouvrage, les anthroponymes, parfois déformés car issus de sources napolitaines, sont
            par ailleurs mentionnés sans tentative de normalisation ni d’identification: Bonaccursi
            pour les Bonaccorsi (144, 440), Falconeri pour les Falconieri (146), Mathei et Ollandini
            pour Mattei et Orlandini (180), Angnolli Sanguignei pour Agnolo Sanguigni (182),
            Restauro Spiliati, Lotharingo Bandini et Coppo Scaldi pour Ristoro Spigliati, Lotteringo
            Bandini et Coppo Scali (198), Sciatta pour Schiatta (146, 149), parmi bien d’autres
            exemples. L’absence dans l’index de nombre des anthroponymes et toponymes contenus dans
            l’ouvrage restreint ses usages possibles pour d’autres chercheurs intéressés à recouper
            des informations avec leurs propres enquêtes. Le moindre intérêt de l’autrice pour
            l’histoire sociale transparaît un peu aussi dans la bibliographie, certes surabondante
            sur Florence et élargie aussi à quelques autres terrains, mais qui omet certaines
            références qui auraient pu y prendre place, comme diverses études de Christiane
            Klapisch-Zuber dont <italic>Retour à la cité. Les magnats de Florence,
                1340-1440</italic> (2006) et <italic>Le voleur de paradis. Le bon larron dans l’art
                et la société (XIVe-XVIe siècles) </italic>(2015)<italic>,</italic> enquête menée
            autour d’une peinture un peu plus tardive d’Orsanmichele, ou bien l’ouvrage de Ronald
            Weissman sur les confréries florentines, <italic>Ritual Brotherhood in Renaissance
                Florence</italic> (1982), ou celui de Richard Trexler qui étudie divers thèmes ici
            évoqués, comme la topographie symbolique et les saints patrons de Florence,
                <italic>Public Life in Renaissance Florence</italic> (1980).</p>
        <p> </p>
        <p>On aura compris que l’ambition de l’ouvrage n’était pas de proposer, comme le roman de
            Vasco Pratolini,<italic>Cronache di poveri amanti </italic>(1947), une lecture à raz de
            terre d’un quartier d’une ville de la Renaissance où les préoccupations prosaïques des
            résidents mettent à distance les péripéties de la grande histoire. Il aurait fallu pour
            cela privilégier la période suivante, plus riche en données socio-économiques et en
            témoignages personnels des habitants, avec le Catasto de 1427, le notariat et peut-être
            quelques lots d’écrits privés. Mais la thèse centrale d’un lien organique entre fonction
            économique du marché et fonction rituelle de l’oratoire, sous l’égide de la Seigneurie,
            se voit plutôt réduite au niveau d’une coalition provisoire d’intérêts, lorsque la
            confrérie n’a de cesse d’expulser le marché de l’édifice. Si les multiples chapitres
            consacrés au marché auraient gagné avec une articulation plus concise et essentielle, le
            lecteur reste un peu sur sa faim concernant cette confrérie, très populaire à Florence
            et qui a laissé pour les décennies suivantes d’importants registres de legs ouvrant de
            vastes perspectives sur le public concerné, au-delà des dignitaires. C’est aussi le cas
            pour l’histoire de l’édifice, dont la transformation ultérieure en église semble
            largement dépasser la dévotion mariale, à la faveur d’une implication croissante des
            organisations de métier.</p>
    </body>
</article>