Une Poétique du génocide joyeux: devoir de violence et plaisir de tuer dans la Chanson de Roland

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Jean Charles Payen

Abstract

LE PRESENT EXPOSE n'a pas l'ambition de faire rebondir la "question rolandienne," ni de bouleverser la recherche sur les chansons de geste par l'apport d'un document nouveau ou l'énoncé d'une théorie révolutionnaire. Il ne veut être qu'une simple analyse sur un problême particulier: celui de la violence, en montrant combien cette violence est délectable dans le texte même de Turold. Le poème dit la joie de tuer par un énoncé frémissant qui unit dans une liturgie du génocide les actants de la Chanson, le poète qui décrit leurs massacres et l'auditoire qui se réjouit d'écouter le jongleur faire l'apologie de la brutalité mortelle. Je me référerai, faute de temps, à la seule version d'Oxford telle que l'a éditée notre ami Gerard J. Brault,1 mais je suis sûr que l'étude des versions plus récentes2 montrerait chez les remanieurs et dans leur public une évolution des mentalités qui tempère cette férocité initiale (ne serait-ce que par l'emprise d'une sentimentalité nouvelle, visible lors de la mort de Belle Aude, ou par l'abondance des "crédos épiques" dans certains remaniements).3 Le manuscrit O exprime avec ingénuité une morale et une esthétique de la cruauté guerrière qui participe évidemment d'une typologie épique point encore altérée par l'évolution des moeurs et du goût: il n'y a rien de neuf à l'affirmer, sauf à mettre en relief tel ou tel aspect jusqu'ici méconnu ou occulté par la critique. Celle-ci ne veut souvent retenir, dans l'oeuvre qu'elle examine, que les aspects sinon édifiants, au moins propices à une "récupération" de type humaniste. La beauté du Roland est celle du sang et du carnage: il n'est pas mauvais que, de temps à autre, cette constatation de fait soit rappelée avec vigueur.

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