contributor.author: Guy Lobrichon

title.none: Sapin, Peindre a Auxerre au Moyen Age IX-XIV siecles (Guy Lobrichon)

identifier.other: baj9928.0206.003 02.06.03

identifier.issn: 1096-746X

description.statementofresponsibility: Guy Lobrichon, guy.lobrichon@college-de-france.fr

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date.issued: 2002

identifier.citation: Sapin, Christian. Peindre a Auxerre au Moyen Age IX-XIV siecles. Paris: Editions du comite des travaux historiques et scientifiques, 1999. Pp. iv, 310. ISBN: 2-735-50416-6.

type.none: Review

relation.ispartof: The Medieval Review

The Medieval Review 02.06.03

Sapin, Christian. Peindre a Auxerre au Moyen Age IX-XIV siecles. Paris: Editions du comite des travaux historiques et scientifiques, 1999. Pp. iv, 310. ISBN: 2-735-50416-6.

Reviewed by:

Guy Lobrichon
guy.lobrichon@college-de-france.fr

Auxerre est une jolie petite ville française, au coeur de la Bourgogne, tout près du vignoble de Chablis. Les touristes y trouvent une escale paisible et gastronomique sur la route du vin et des églises romanes. Depuis la rivière d'Yonne qui longe la vieille ville à l'Est, ils découvrent la massive cathédrale Saint-Etienne, fleuron de l'art gothique du XIIIe siècle, et le chevet également gothique de l'abbaye Saint-Germain. Le médiéviste, lui, sait qu'il faut dépasser l'apparence, soulèver le couvercle, descendre dans les entrailles de l'un et l'autre monument, retrouver la documentation qui les éclaire.

On connaît aujourd'hui le Centre d'Etudes Médiévales d'Auxerre. Il est l'héritier d'une entreprise inaugurée en 1986, quand un groupe d'archéologues et d'historiens s'est lancé dans une investigation de grande ampleur sur le site de Saint-Germain. Le choix du monastère plutôt que la cathédrale était mûrement réfléchi. Une documentation exceptionnelle, architecturale, picturale (des peintures carolingiennes), épigraphique (un corpus d'inscriptions s'échelonnant du IXe au XVIIIe siècles), historique (Gesta episcoporum, Gesta abbatum) et même théologique (oeuvres de Haimon, de Heiric, de Remi d'Auxerre), permettait en effet de renouveler l'approche d'un monument par l'intervention de toutes les disciplines scientifiques. Georges Duby avait immédiatement reconnu l'intérêt d'une telle enquête d'histoire globale, et incité la Ville d'Auxerre à soutenir le projet, dans le cadre juridique d'une convention passée entre la Ville d'Auxerre et deux institutions prestigieuses en France, le Collège de France et le Centre National de la Recherche Scientifique. L'intervention de ces partenaires était indispensable--on sait qu'en France, le mécénat privé ne manifeste sa tendresse qu'aux opérations économiquement rentables et financièrement fructueuses, ne laissant guère d'espoir aux initiatives sans débouchés industriels et commerciaux. Le soutien public ne s'est jamais démenti depuis lors.

Les archéologues et historiens médiévistes ont amplement rempli leur contrat. Qu'on en juge. L'equipe d'Auxerre, animee par Jean-Charles Picard, Christian Sapin et Dominique Iogna-Prat, a multiplie expositions, colloques internationaux et publications (Saint-Germain d'Auxerre. Intellectuels et artistes à l'epoque carolingienne [Auxerre, Musee d'art et d'histoire, 1990]; L'Ecole carolingienne d'Auxerre. De Murethach a Remi (830-908), sous la direction de D. Iogna-Prat, C. Jeudy et G. Lobrichon, preface de G. Duby [Paris, Beauchesne, 1991]; Edifices et peintures aux IVe-XIe siècles. Actes du Colloque C.N.R.S., novembre 1992 [Auxerre, Musee d'art et d'histoire, 1994]), sans parler des colloques consacres a d'autres sujets, tels que "L'Apocalypse au XIIIe siècle" (1998) et "Le vitrail au XIIIe siècle" (2000). Elle s'est rapidement portee au premier plan de la recherche en Archéologie des sites religieux du Moyen Âge occidental.

Un premier bilan a été publié au début de l'année 1999, décrivant les fouilles (excavations, élévations) conduites de façon exemplaire à Saint-Germain par Christian Sapin (Archéologie et architecture d'un site monastique. 10 ans de recherches à l'abbaye Saint-Germain d'Auxerre, Christian Sapin ed., Auxerre-Paris, Centre d'Etudes Médiévales and Editions du Comité des Travaux Historiques et Scientifiques). Le livre ici recensé lui fait suite. Il présente les résultats acquis du travail réalisé sur les deux sites principaux d'Auxerre. La première partie, la plus longue, est consacrée à Saint-Germain. Après l'histoire de la recherche et une première description des méthodes mises en oeuvre, l'examen des matériaux et des techniques employées par les constructeurs et décorateurs conduit à l'esquisse d'une chronologie (pp. 25-103). Suit une discussion suit sur l'iconographie et les programmes décoratifs du monument (pp. 104-171), puis la synthèse de Jean Michaud et Giuseppe De Spirito (Poitiers, Corpus des Inscriptions médiévales, Poitiers) sur les inscriptions peintes dans la crypte du IXe au XIVe siècle (pp. 172-221). L'ensemble, impressionnant, relève du grand art. L'histoire d'un monument ne peut plus se contenter de relevés, aussi rigoureux qu'ils soient; l'étude stratigraphique, la micro- analyse chimique, la spectrométrie bouleversent l'impressionnisme quotidien, font découvrir la qualité des matières premiè et de la technique employées par les peintres médiévaux. On découvre alors qu'une approche à bien des égards matérialiste peut renouveler les sentiers battus de l'histoire de l'art, et révéler l'expertise insoupçonnée des peintres bourguignons du haut Moyen Âge, maîtres coloristes convertis aux thèses de Michel Pastoureau, et spécialistes du trompe-l'oeil. Ceux-ci partÂgent leur savoir-faire avec les décorateurs du grand empire carolingien; ils soutiennent fort bien la comparaison avec les maîtres byzantins et romains, et leurs héritiers n'ont rien à faire de Cluny qui pourtant a mis un temps la main sur le patrimoine de saint Germain.

La recherche, qui se déporte actuellement du monastère vers la cathédrale, fait l'objet de la seconde partie (pp. 223- 61). Mais la juxtaposition des résultats lumineux de l'investigation sur Saint-Germain d'Auxerre avec le maigre chapitre sur les peintures de la cathédrale étonne. Etait- il urgent de publié r sur la cathédrale une étude sommaire, qui fait fi des traces de polychromie, ne dit rien de la vitrerie, et se borne à l'analyse d'une peinture fameuse, le Christ à cheval dans la crypte? Incontestablement, il s'agit d'un Christ de l'Apocalypse (Yves Christe le dit depuis des années, et il a raison), peint dans l'émotion de la première croisade. Mais l'imprécision des références, d'une part aux sources écrites de la croisade, et d'autre part à la modeste église bourguignonne de Cortambault, dessert la démonstration iconographique, heureusement compensée par une analyse remarquable des enduits et de la technique d'application. Le peintre bourguignon aligne toutes les preuves d'une maîtrise brillante de la peinture sur voûte. Voilà qui devrait mettre les historiens en garde contre le tropisme du Trecento italien, d'après lequel on reconstruit trop vite les techniques antérieures. Ce livre en somme n'est pas simplement solide, remarquablement illustré et doté d'annexes scientifiques. Il soulève toutes les questions essentielles que se pose l'archéologue devant un site religieux du Moyen Âge. Christian Sapin montre une fois de plus ses qualités de maître-d'oeuvre, et offre aux lecteurs médiévistes une très belle étude, utile à l'historien autant qu'elle est indispensable à l'historien de l'art médiéval.