contributor.author: Thomas Deswarte

title.none: Collins, Visigothic Spain (Thomas Deswarte)

identifier.other: baj9928.0804.023 08.04.23

identifier.issn: 1096-746X

description.statementofresponsibility: Thomas Deswarte, Université of Poitiers, Thomas. Deswarte@univ-poitiers.fr

publisher.none: .

date.issued: 2008

identifier.citation: Collins, Roger. Visigothic Spain, 409-711. Blackwell's History of Spain. Malden, MA: Blackwell, 2006. Pp. 263. ISBN: $39.95 1-4051-4966-3.

type.none: Review

relation.ispartof: The Medieval Review

The Medieval Review 08.04.23

Collins, Roger. Visigothic Spain, 409-711. Blackwell's History of Spain. Malden, MA: Blackwell, 2006. Pp. 263. ISBN: $39.95 1-4051-4966-3.

Reviewed by:

Thomas Deswarte
Université of Poitiers
Thomas. Deswarte@univ-poitiers.fr

Après une première édition en 2004, ce manuel consacré à l'histoire de l'Espagne wisigothique vient d'être réédité. Un tel succès s'explique naturellement par l'ancienneté des autres livres, par ailleurs tous en espagnol: le volume III de l'Historia de España Menéndez Pidal (1991), l'Historia de España Visigoda de Luis García Moreno (1989), l'Historia del reino visigodo español (1988) et l'Historia de España: la España Visigótica de José Orlandis (1977, 1990[2]). Mais il tient surtout à son excellente qualité. Le sujet est parfaitement maîtrisé par ce spécialiste de l'Espagne du haut Moyen Âge, qui y ajoute une note très personnelle et "thought-provoking" Malgré sa grande ambition, la concision de l'ouvrage est remarquable: 263 pages et des notes en bas de pages réduites à l'essentiel.

L'exposé, toujours clair, est structuré en deux parties: la première (A Political History), chronologique, est divisée en chapitres articulés autour des principales dates du royaume: 409 (l'invasion de la Péninsule par les Vandales, les Alains et les Suèves, qui ouvrent en quelque sorte les portes des Pyrénées aux Goths); 507 (la défaite du roi wisigoth Alaric II face à Clovis, qui marque le repli définitif des Goths en Espagne, mise à part la Septimanie); 586 (la montée sur le trône de Reccarède, converti au catholicisme en 587/589); 672 (la mort de Réceswinthe, qui marque le début d'une instabilité accrue du pouvoir royal et de son affaiblissement face à la noblesse); 710 (la mort de Wittiza, qui plonge le royaume dans une profonde crise). Seule la date de 713 n'est guère convaincante, tant la chronologie des derniers rois wisigoths (Wittiza, Rodrigue, Akila Ier, Akila II et Ardo [ 721?]) demeure mal connue. Remarquons au passage que l'exposé sur l'expansion arabo-musulmane en Afrique du nord (The Coming of the Arabs), à la lisière du sujet, est désespérement trop long (117-130).

La seconde partie, thématique (Society and Culture), traite successivement de la culture écrite (Books and Readers), de l'archéologie (Archaeology: Cemeteries and Churches, Archaeology: Rural and Urban Settlements), de la loi et de l'identité (Law and Ethnic Identity). Un vent d'air frais souffle en particulier dans les deux chapitres archéologiques, quand Collins critique les datations trop précises et, surtout, les abus de l'ethno-archéologie! L'ensemble est clos par un chapitre final (Bibliographical Essay) commentant très savamment une bibliographie réduite à l'essentiel.

Dans ce bel ouvrage, l'autour rappelle fort opportunément l'opposition entre une ancienne historiographie, qui exaltait l'unité espagnole apparue à l'époque wisigothique, et une historiographie plus récente, qui insiste davantage sur la diversité régionale déjà très forte au septième siècle-- précisons juste que cette nouvelle approche n'est pas postérieure à l'époque de Franco (contra p. 3) mais date de son "règne," puisque le premier article d'Abilio Barbero et Marcelo Vigil date de 1965 [1]. A juste titre, Collins stigmatise aussi une recherche hispanique parfois à la remorque des travaux menés outre-Pyrénées: quelle erreur de vouloir à tout prix lire l'histoire de l'Espagne à travers le prisme franais! Peux-t-on ainsi parler de féodalité dans une Péninsule qui ignore pendant longtemps le terme de feodum--hormis en Catalogne?

Si l'ensemble est remarquable d'intelligence et de clareté, certains points auraient mérité quelques éclaircissements. Le premier concerne l'installation en Aquitaine des Goths comme fédérés au service de Rome (From Empire to Kingdom, 409- 507). Collins cite honnêtement--et sans prendre position-- les deux thèses en présence: "privatiste" et "fiscaliste." Mais il oublie l'ouvrage de Jean Durliat [2], qui ajoute à Walter Goffart de nouveaux arguments en faveur d'une approche fiscale. Dans le chapitre suivant (The Imposition of Unity, 507- 586), les travaux de Margarita Vallejo Girvés sur les relations entre l'Espagne et Byzance auraient certainement apporté quelques précisions supplémentaires sur l'intervention et la présence byzantine dans la Péninsule [3].

Ensuite, dans son chapitre sur Law and Ethic Identity, Collins aurait gagné à utiliser le livre de Javier Alvarado Planas [4]. En effet, ce dernier montre bien que le Code d'Euric, contenant de nombreuses dispositions pénales, fixe le jus proprium des Goths, tandis que le Bréviaire d'Alaric demeure le jus commune de l'ensemble de la population. Ce code est donc probablement un code militaire romain, élaboré sur le modèle des édits du préfet du prétoire et complétant pour les soldats goths le droit territorial romain--ainsi que le fait la loi salique pour les Francs. A cet égard, le Bréviaire d'Alaric s'enrichit en 545/546 d'une loi du roi Theudis, qui est clairement territoriale; de même, la législation de Léovigilde, qui correspond certainement aux lois antiquae du Livre de Juges, concerne à l'évidence l'ensemble de la population [5].

Cette seconde édition ne modifie que très rarement la précédente (deux modifications, n. 72 p. 222 et p. 250). Passons rapidement sur quelques rares et inévitables scories (par ex. p. 65, n. 3: Moya Sánchez au lieu de Maya Sánchez; p. 106, n. 42: Tolède XV et non Tolède XVI). En fait, je ne formulerais qu'un seul regret: je crains que ce manuel ne soit pas toujours d'un accès aisé pour le novice. Il aurait mérité quelques cartes (si utiles dans le manuel de Luis A. García Moreno), quelques tableaux et, peut-être, quelques photographies (une couronne votive plaît toujours). Un ou deux chapitres thématiques supplémentaires--sur l'Eglise, la royauté, les administrations centrale et provinciale par exemple--n'auraient pas non plus été inutiles--quitte à restreindre la partie chronologique. Mais c'est peut-être une approche plus franaise, plus "cartésienne," qu'anglaise! Quoi qu'il en soit, un bel ouvrage, utile au débutant comme au spécialiste!

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Notes:

1. Abilio Barbero, Marcelo Vigil, "Sobre los orígenes sociales de la Reconquista: Cántabros y Vascones desde fines del imperio romano hasta la invasión musulmana," Boletín de la Real Academia de la Historia, 156, 1965, p. 271-339. 2. Jean Durliat, Les finances publiques de Dioclétien aux Carolingiens, 284-889, Sigmaringen, Jan Thorbecke, 1990. 3. Par ex.: Margarita Vallejo Girvés, Bizancio y la España Tardoantigua, s. V-VIII. Un capítulo de historia mediterránea, Alcalá de Henares, 1993. 4. Javier Alvarado Planas, El problema del germanismo en el Derecho español. Siglos V-XI, Madrid, Marcial Pons, 1997. 5. Je me permets de renvoyer à un article paru récemment: Thomas Deswarte, "Le code du roi Réceswinthe (654) a-t-il abrogé les droits antérieurs?" dans "Traditio Juris." Permanence et/ou discontinuité du droit romain durant le haut Moyen Age [Colloque international, Université de Lyon III, 2003], dir. A. Dubreucq, Lyon, Université de Lyon III [Cahiers du Centre d'Histoire Médiévale, 3], 2005, p. 57-76.