The Medieval Review 11.02.27

Van Doosselaere, Quentin. Commercial Agreements and Social Dynamics in Medieval Genoa. Cambridge: Cambridge University Press, 2009. Pp. 254. $95.00 ISBN 9780521897921. .

Reviewed by:

Michel Balard
Université de Paris I
michel.balard@univ-paris1.fr

La richesse des archives notariales génoises, les plus importantes du bassin méditerranéen, a attiré un grand nombre de chercheurs depuis plus d'un siècle. Chaque historien s'est efforcé de trouver dans le désordre des minutiers, qui n'ont fait que récemment l'objet d'un catalogage, les documents pouvant illustrer le thème particulier de sa recherche. Ce n'est pas exactement le propos de l'Auteur qui cherche à comprendre comment l'on est passé d'une organisation féodale au XIe siècle, alors que le commerce était encore balbutiant, à une république marchande solidement établie et dominant les mers, en étroite concurrence avec Venise. Il s'agit pour lui d'analyser le lien entre les accords commerciaux passés devant notaire et le progrès social conduisant à la constitution d'une oligarchie marchande et à la naissance de l'économie capitaliste moderne. Pour ce faire, l'Auteur a rassemblé près de 20.000 contrats notariés échelonnés de 1154, date du premier minutier conservé, à 1435 et mettant en présence 9700 individus appartenant à près de 4000 familles différentes. Cette tâche considérable a été favorisée par la mise à sa disposition de deux importants fichiers privés et par les publications d'actes notariés génois portant sur les divers secteurs du commerce de la ville. L'Auteur distingue dans son étude les contrats commerciaux créant des liens hétérogènes, tels que la commenda et la societas maris, qualifiée aussi de commenda bilatérale; les instruments de crédit qui consolident les identités commerciales, tels que le prêt maritime et le contrat de change; et enfin les contrats d'assurance apparus au milieu du XIVe siècle et qui, par les liens qu'ils créent, définissent les frontières sociales de l'oligarchie marchande. Bref, ce qui est mis en valeur c'est la structure sociale des contrats commerciaux, c'est-à-dire la série des liens sociaux concernant la production, le transport et la distribution des biens, issus du commerce à longue distance. Toutefois, avant de commenter les liens sociaux engendrés par les contrats commerciaux, l'Auteur dresse le panorama de l'histoire de Gênes à l'aube de la révolution commerciale, en s'efforçant de montrer comment la ville passe d'une organisation féodale à une structure sociale marchande. Les surplus de l'agriculture s'ajoutant au que procurent les aventures militaires menées contre les Sarrasins en Méditerranée occidentale, puis aux bénéfices de l'aide navale et militaire apportée aux croisés permettent une première accumulation de capital incitant l'aristocratie locale à passer de l'économie domaniale au commerce à longue distance, en particulier vers l'Orient, et ce, dès la fin du Xe siècle, et non en 1060 année où l'Auteur (49) situe de manière erronée le premier témoignage sur une présence génoise au Levant. L'utilisation précoce des contrats notariaux vient amplifier le mouvement commercial. Par une étude très fine de près de 7000 commende, l'Auteur démontre l'implication d'une grande partie de la population dans le commerce à longue distance, mais de manière épisodique et occasionnelle, alors que seule une étroite minorité en fait son activité principale. Les graphiques réalisés montrent que l'oligarchie d'origine consulaire--104 sur 110 familles--voit crotre sa participation au grand commerce, mais en concluant des contrats avec des partenaires occasionnels, extérieurs à son milieu social. Tout commence à changer avec l'utilisation massive des instruments de crédit, prêts maritimes et contrats de change, près de 3800 textes établissant plus de 7200 liens de crédit. L'hétérogénéité professionnelle y est beaucoup moins grande que dans les contrats de commenda, les femmes en sont quasiment absentes, alors qu'apparaissent des étrangers, Nordiques, Provençaux, Astesans, Placentins et Toscans et que deux corps de métier, drapiers et banquiers, participent de plus en plus aux opérations de crédit. On y voit surtout la montée de puissants clans, populares et nobles, qui à la fin du XIVe siècle, monopolisent près des deux tiers du volume du commerce génois outre-mer. Cette tendance s'accentue encore lorsque se généralisent les contrats d'assurance, facteurs d'une puissante cohésion oligarchique. D'un profit somme toute modeste, l'assurance a un rôle social éminent en construisant des liens très denses entre les clans de l'élite sociale génoise, comme le montrent les graphiques opposant 26 clans qui forment le noyau du modèle aux 146 autres rejetés à la périphérie. Dès le XIVe siècle, et peut-être quelques décennies plus tôt, le marchand est devenu une catégorie professionnelle bien affirmée dans la société génoise. Ce grand livre bien conduit, n'échappe pas à quelques défauts. Dans l'anthroponymie, l'Auteur ne sait pas toujours choisir entre la forme latine et la forme italienne des noms, parfois mélangées: p. 81 Bertoloto filius; p. 70, 154, Nicolaio pour Nicola ou Niccol. Le latin est trop souvent écorché: p. 64 socius portat pour socius portator; p. 82 accomodatio pour accomendacio; p. 92: illiterates pour illitteratus; p. 162 Wilielmus (et autres) de Sanctus Genesius pour de Sancto Genesio. Il en est de même pour des noms propres: p. 11 : lire Petti Balbi et non Petti Baldi; p. 78: Gerald Day et non John Day; p. 86: Braunstein et non Brautein; p. 92: Le Goff et non Le Geoff; p. 172: Miskimin et non Mischkinin. Des dates sont à rectifier: p. 163: la conquête de Chio a lieu en 1346 et non en 1347; p. 173: la domination française à Gênes cesse en 1409 et non en 1411. Ce sont là des broutilles qu'une relecture attentive aurait pu éviter. Il n'en reste pas moins qu'il faut souligner la grande originalité de ce livre qui, pour la première fois, fait surgir la dynamique sociale de Gênes et la naissance d'une oligarchie marchande, des multiples liens qu'établissent entre les familles les milliers de contrats commerciaux que les notaires nous ont laissés au cours des quatre derniers siècles du Moyen Age.