Bromberger: De la race a l’esthétique en passant par la culture: Trajets muséographiques de l’ethnologie française

De la race a l'esthétique en passant par la culture: Trajets muséographiques de l'ethnologie française*

Christian Bromberger

Quand je suivais les cours du certificat d'ethnologie au Musée de l'Homme en 1965-66, nous recevions une formation en anthropologie physique et je me rappelle même avoir fait tomber de ma table, le jour de l'examen, un humérus d'Eskimo (on appelait encore comme cela les Inuit) qui s'est brisé en deux.1 Parallèlement, nos lectures favorites étaient celles des livres de Michel Leiris et de Claude Lévi-Strauss qui, dans la foulée de la Déclaration de l'UNESCO (1950) sur la notion de race, montraient que les différences pertinentes entre les groupes étaient d'ordre culturel et non racial. Au bout du compte, la Culture l'emporta définitivement sur la Race et les cours d'anthropologie physique disparurent du cursus d'ethnologie dans le tourbillon de 1968. Ils furent remplacés par des cours de génétique des populations et d'anthropologie biologique visant à mettre en évidence l'influence des facteurs sociaux et culturels sur les différenciations phénotypiques et génotypiques. Cette histoire du match Culture vs Race, qui se termina à l'avantage de la première nommée, avait cependant déjà une longue histoire intellectuelle et institutionnelle. Et rien ne l'illustre mieux que les changements de direction et d'orientation au sein du Musée de l'Homme des années 1920 aux années 1950. C'est à partir de ma propre expérience et de diverses lectures que je souhaiterais retracer l'histoire du Musée de l'Homme et analyser le contexte et les changements intervenus en ethnologie et en anthropologie qui ont abouti à la création du Musée du Quai Branly, ce dernier ayant pris la suite du Musée de l'Homme.

De la race vers la culture: le triomphe de l'ethnologie?

Un récent ouvrage retrace avec bonheur la carrière de Paul Rivet, américaniste et fondateur du Musée de l'Homme, carrière dont les méandres illustrent cette transition de la race vers la culture (Laurière 2008).2 Comme la plupart des « anthropo-muséographes » de l'époque, Rivet est médecin de formation. Ce fut le cas, avant lui, de Paul Broca, de Jean Louis Armand de Quatrefages et de Ernest-Théodore Hamy, le fondateur du Musée d'Ethnographie du Trocadéro en 1878, et, par la suite, de Henri-Victor Vallois, de Jacques Millot et de Robert Gessain, dernier médecin directeur puis co-directeur du Musée de l'Homme de 1968 à 1979.

Rappelons par là-même l'ancrage naturaliste de l'ethnologie: la chaire d'anthropologie (en France, l'« anthropologie » a longtemps désigné l'« anthropologie physique »), créée en 1855, puis le Musée de l'Homme ont été directement rattachés au Muséum d'Histoire naturelle. Toute l'évolution de la discipline ethnologique sera fonction de la distance que sauront prendre ces médecins par rapport à leur formation initiale. Hamy avait déjà franchi le pas. Assistant, puis successeur de Quatrefages à la chaire d'anthropologie, il réunit dans le Musée du Trocadéro des collections de préhistoire, d'anthropologie (physique) et d'ethnographie, discipline naissante pour laquelle il se passionne.

Rivet va opérer cette transition de la race vers la culture de façon encore plus éloquente. Après un séjour, comme médecin militaire, en Équateur où il fait son premier terrain ethnographique en 1902, Rivet participe, à son retour, aux travaux du Laboratoire d'anthropologie. Il y mène des recherches sur le prognathisme (1909-10), puis sur l'angle facial comme outil de « diagnostic ethnique » pour l'étude de la composition raciale de populations données. Des années 1910 au cœur des années 1920 Rivet passe de l'anthropométrie à l'étude des cultures, comme en témoignent ses compagnonnages, et les institutions auxquelles il participe. À l'Institut français d'anthropologie, fondé en 1911, il collabore avec Lucien Lévy-Bruhl, Marcel Mauss, Marcel Cohen, Antoine Meillet et manifeste, par ses travaux, son intérêt pour la linguistique et pour l'étude des techniques (dans l'optique diffusionniste qui est alors dominante). En 1925, il crée, avec Lévy-Bruhl et Mauss, l'Institut d'ethnologie (l'adoption de ce nom sonne comme une victoire sur l'École d'anthropologie de Paris fondé par Broca en 1876).3 Cette orientation vers l'ethnologie, sous l'influence de la sociologie qui connaît alors des heures de gloire, se confirme quand il fait transformer l'intitulé de la chaire qu'il occupe au Muséum d'histoire naturelle; de « chaire d'anthropologie » celle-ci devient « chaire d'ethnologie des hommes fossiles et actuels ». Rivet entend ainsi développer une science de synthèse composée de l'étude des caractères physiques des peuples ou anthropologie proprement dite et de l'étude des caractères matériels des civilisations préhistoriques et subactuelles (préhistoire, archéologie, ethnographie), l'étude des phénomènes sociaux ou sociologie, l'histoire des religions, l'étude des caractères linguistiques (voir Laurière 2008:341-374). C'est à sa chaire qu'il fait rattacher en 1928 le Musée d'Ethnographie du Trocadéro, qui végète depuis la mort de Hamy en 1908. Grâce à ce rattachement et à l'appui de Jean Zay, le ministre de l'éducation nationale du Front populaire, Rivet réorganise le Musée d'Ethnographie, en valorise les collections par une exposition qui obtient un grand succès dans la foulée de l'Exposition coloniale de 1931, puis se lance, avec la collaboration de Georges-Henri Rivière, dans la mise sur pied du Musée de l'Homme, créé en 1937 à l'occasion de l'Exposition internationale des arts et techniques et inauguré en juin 1938. C'est un « musée-laboratoire », organisé en départements géographiques (Afrique blanche et Levant, Afrique noire, Amériques, Asie, Europe, Océanie) et thématiques (anthropologie physique, préhistoire, ethnologie musicale, etc.). Le musée comporte aussi un atelier de restauration et une bibliothèque. Même si Rivet fait entrer au Musée de l'Homme les collections d'anthropologie, de préhistoire, de paléontologie du Muséum, le nouvel établissement consacre le « triomphe de l'ethnologie » (de L'Estoile 2008:668) et affiche une prédilection pour la classification et l'étiquetage des peuples et des ethnies. Il présente, dans ses galeries, la diversité des cultures, non pas seulement à travers des « objets exceptionnels par leur qualité formelle, plastique », mais surtout à travers de « 'petites choses', des objets du quotidien, fabriqués grâce à l'ingéniosité d'obscurs artisans » (Laurière 2008:417), qui rappellent « l'origine laborieuse » des civilisations. Le projet est à la fois scientifique et politique. Homme de gauche, président du Comité des intellectuels antifascistes depuis 1934, Rivet est « pénétré d'une ferveur et d'une ardeur pédagogiques remarquables, conscient de la mission de service public qui lui incombe » (Laurière 2008:418); il « veut faire comprendre aux masses populaires, aux travailleurs manuels, qui pénètrent dans les salles du musée tout ce qu'ils ont en commun avec les sauvages et les primitifs: le geste et la parole, la technique et l'art » (Laurière 2008:418).

La salle des arts et techniques, conçue par Anatole Lewitzky et André Schaeffner puis par André Leroi-Gourhan, illustre bien le projet de Rivet: faire reconnaître une égale dignité aux cultures et l'unité de l'Homo faber et sapiens. Ces années où « triomphe l'ethnologie » officialisent aussi la dissociation de l'ethnologie de la France et de l'ethnologie des Autres, regroupés, pour la plupart, dans l'Empire colonial français qui fait l'objet d'un programme spécifique d'expositions. Au Musée de l'Homme, consacré aux Autres dans l'espace et dans le temps, répond désormais le Musée des Arts et Traditions Populaires, qui est aussi créé en 1937 et qui est consacré à Nous.4

La pluridisciplinarité, telle que la concevait Rivet et qui accordait la part belle à l'ethnologie, dura une trentaine d'années. Rivet dut s'enfuir en 1941 pour échapper à la Gestapo et Henri-Victor Vallois qui lui succéda de 1941 à 1944 puis de 1949 (après la retraite de Rivet) à 1961, bien qu' « anthropologue », spécialiste des races et d'anatomie comparée, ne porta pas atteinte au projet originel, pas plus que Jacques Millot et Robert Gessain qui dirigèrent le musée respectivement à partir de 1961 puis de 1968. À vrai dire, le recul de l'ethnologie au Musée de l'Homme date du milieu des années 1970; il tient à plusieurs facteurs: des facteurs externes, la fin de l'empire colonial, mais aussi des facteurs internes, à savoir l'adjonction à la chaire unique à laquelle était rattaché le musée d'une chaire de préhistoire (en 1962) puis la division en deux de la chaire unique, une pour l'ethnologie, l'autre pour l'anthropologie physique (en 1972). Cette tripartition, allant à l'encontre du projet synthétique originel, entraîna des rivalités néfastes pour l'institution.

La chaire et le laboratoire d'ethnologie, devenu de médiocre qualité, n'attirèrent plus les jeunes chercheurs vers le musée qui ne retenait plus que ceux qui y achevaient leur carrière; enfin l'époque n'était plus à l'étude des techniques mais plutôt à celle des systèmes de parenté et des mythes, tandis que la collecte, l'inventaire, la monographie, piliers jusqu'alors de la démarche ethnologique, cédaient le pas à des formes plus personnelles d'expérience ethnographique. À partir des années 1980 les préhistoriens et les anthropobiologistes qui avaient remplacé les « anthropologues physiques » occupèrent le terrain laissé libre par les ethnologues; témoignent de cette situation les trois dernières expositions organisées au Musée de l'Homme: une exposition de préhistoire, « La nuit des temps » en 1990; et deux expositions d'anthropologie biologique et de génétique des populations, « Tous parents, tous différents » en 1992, « Six milliards d'individus », en 1994. La disparition, ou à tout le moins le recul spectaculaire, de l'ethnologie au Musée de l'Homme fut accélérée par le transfert en 2003 d'environ 250 000 pièces des collections ethnographiques au Musée du Quai Branly. Quant au projet du Musée de l'Homme, qui vient d'être fermé pour rénovation et rouvrira en 2012, il est désormais consacré à « la grande saga humaine des origines jusqu'à nos jours » et s'appuie sur les deux départements de recherche qui subsistent, « Préhistoire » et « Hommes, natures, sociétés ». L'ethnologie est ici la grande perdante. A-t-elle gagné au transfert de ses collections au Musée du Quai Branly?

Vers l'esthétique: La défaite de l'ethnologie?

Les circonstances de la création de ce dernier musée sont mieux connues et cette réalisation monumentale et coûteuse a suscité de nombreux débats et controverses si bien que chaque ethnologue se sent aujourd'hui comme obligé de donner son avis sur le Musée du Quai Branly.

En France il est de coutume que les chefs d'État se piquent de culture et souhaitent imprimer leur marque sur le paysage architectural et intellectuel; Giscard d'Estaing avait fait créer le Musée d'Orsay (consacré au XIXème siècle), François Mitterrand la pyramide du Louvre, Jacques Chirac sera l'homme des arts dits « premiers » et du Musée du Quai Branly (que nous désignerons désormais par MQB). En 1990, Jacques Chirac, alors maire de Paris et passionné d'arts exotiques, rencontre, sur une plage de l'île Maurice, Jacques Kerchache, un ancien marchand d'art aux pratiques discutables, sorte d' « Indiana Jones », « à l'allure de Gainsbourg », selon les mots de Sally Price (2007:2). Kerchache souhaite faire rentrer au Louvre des objets qu'il qualifie « d'arts premiers ». Les conservateurs du Louvre s'y opposent, arguant que la place de tels objets est au Musée de l'Homme ou au Musée National des Arts d'Afrique et d'Océanie, dans ce dernier en particulier dont la spécialité est, comme son nom l'indique, la mise en valeur des productions esthétiques de civilisations lointaines. Malgré ces oppositions, dix ans plus tard, « l'impensable...arriva » (de Roux traduit et cité par Price 2007:59. Le 13 avril 2000 Jacques Chirac, devenu président de la République, inaugure un pavillon du Louvre qui regroupe des chefs d'œuvre des « arts premiers » sélectionnés par son ami et mentor. Celui-ci va jouer également un rôle important dans la conception du futur MQB. Ce musée va être, en effet, la mise en œuvre des recommandations et des principes de sélection des objets retenus par Kerchache et ses conseillers: « Non pas des critères de rareté, de mode, de dimension, de matière ou de date...mais la qualité esthétique exceptionnelle des pièces rassemblées » (cité par Viatte 2006:32).5 C'est ce même point de vue esthétisant qui est soutenu par Germain Viatte, conservateur du patrimoine et historien de l'art, responsable des acquisitions et de la muséographie au Quai Branly jusqu'en 2006; celui-ci, qui a pu faire acquérir 8 200 pièces au musée de 1998 à 2005 pour la somme rondelette de 22 millions d'euros, proclame sans ambages la priorité qu'il accorde aux critères esthétiques et le rôle très secondaire qu'il accorde au contexte ethnographique: « Si, écrit-il, nous étions hostiles à toute tentative de reconstitution du contexte, ce qui nous paraît toujours fallacieux..., il nous a semblé, en revanche, extrêmement stimulant pour le visiteur de souligner dans la clarté de la présentation l'intelligence et la beauté des solutions techniques, du « design », et de répondre aux orientations et préoccupations du monde contemporain » (Viatte 2006:14). Ce parti pris esthétisant aboutit à la réalisation d'un magnifique musée, regroupant des chefs d'œuvre des civilisations océaniennes, américaines, africaines, asiatiques, mais ne rendant pas compte de la vie des hommes sur ces différents continents. Comme l'écrit Anne-Christine Taylor, « Branly récuse le modèle du musée-miroir d'un discours scientifique » (2008:682). L'ethnologie est évacuée: rien n'est dit—ou bien peu (à travers la signalétique discrète qui flanque les vitrines)—des peuples mentionnés, de leur vie quotidienne, de leurs ressources, de leurs techniques, de leur organisation sociale et politique, de leur système de valeurs, si bien que le visiteur pourra sortir ébloui mais sans rien avoir appris des « conditions techniques de production des objets exposés ni des univers symboliques dont ils sont les expressions » (Formoso 2008:672). Un musée d'art est né, un voire deux musées d'ethnologie, le Musée de l'Homme et le Musée National des Arts d'Afrique et d'Océanie, ont disparu après avoir cédé leurs collections (environ 300 000 pièces) au MQB. Le premier deviendra, on l'a dit, un Musée d'Anthropologie, centré sur « la saga humaine », le second a été transformé en « Cité nationale de l'histoire de l'immigration » qui a été inaugurée en octobre 2007. Ainsi les musées se suivent et se remplacent, non pas pour des impératifs scientifiques, mais au rythme des préoccupations de l'État et de la société. L'immigration succède à l'Empire.

J'ai visité deux fois le MQB, la première fois dans une délégation de spécialistes à l'emploi du temps contraignant. J'avais admiré l'architecture de Jean Nouvel, le concepteur du bâtiment, le jardin qui l'entoure, une sorte d'Eden qui risque de réveiller tous les mythes de la primitivité, ceux-là même que colporte largement le MQB; j'avais aimé la rampe sinueuse qui serpente et mène au « plateau des collections », la tour de verre cylindrique qui abrite la réserve des instruments de musique et m'étais ainsi persuadé une nouvelle fois que dans les musées contemporains le contenant compte plus que le contenu; mais j'avais été déçu par les objets exposés, sans doute très beaux mais donnant une vue partielle, réductrice, uniquement esthétisante, des sociétés et des cultures. 3 500 objets exposés ici contre 15 000 au Musée de l'Homme, l'écart chiffré donne une idée de la déperdition d'informations. J'avais été frappé par la pauvreté des vitrines consacrées au Moyen-Orient que ne compensait pas une notice étique; pas un mot sur l'acier remarquable, l'acier dit de Damas, rien de mieux avant les Sheffield, dont sont faites les lames des armes blanches iraniennes de l'âge classique qui sont exposées, ni sur leurs manches en ivoire de morse venant de la Mer Blanche. Une exposition temporaire, sur le corps, ne m'avait pas plus convaincu: là on croulait sous les informations, au point de ne plus rien comprendre, comme si l'exhaustivité de l'exposition temporaire venait compenser la parcimonie des commentaires dans l'exposition permanente.

Je suis retourné, il y a quelques semaines, au MQB dans l'optique du colloque qui nous réunit et ai passé plusieurs heures à contempler les objets réunis sur le « plateau des collections ». Cette fois-ci j'avais préparé ma visite, j'avais acquis Le Guide du Musée (MQB 2006), qui indique bien que le manche des armes blanches iraniennes est en ivoire de morse, et avais tenté de chasser de mon esprit toutes les opinions négatives qui courent sur le musée. J'ai été séduit. Difficile de ne pas l'être par un établissement qui s'impose, comme naguère Beaubourg, dans le paysage parisien, qui dispose annuellement de 52 millions d'euros, qui emploie—directement ou indirectement—environ 600 personnes, qui abrite de remarquables collections sur lesquelles Le Guide fournit des informations contextuelles beaucoup plus développées (ce n'est guère difficile) que les maigres notices. À écouter furtivement les visiteurs, je me surpris à avoir un point de vue proche de Taylor, responsable de la recherche au MQB et qui a donc de bonnes raisons de défendre l'institution qui l'héberge: celle-ci écrit: «La dimension esthétique des pièces exposées fait fonction d'appât pour stimuler l'imagination et le désir de connaissance du visiteur » (Taylor 2008:681). Des multimédias interactifs ingénieusement placés à proximité des vitrines contribuent à stimuler ce désir de connaissance et d'approfondissement.

Bref je n'ai pas boudé mon plaisir, et me suis trouvé, une fois de plus, à contre-courant de l'opinion professionnelle commune. Des questions pendantes, non résolues, sont cependant venues tarauder mon plaisir esthétique et ma bonne conscience: peut-on à ce point rester aveugle et muet sur le contexte (colonial) où ont été collectés ces objets? sur les populations et les individus qui les ont produits? Dans son livre sur les acquisitions 1998/2005, Viatte nous parle plus des collectionneurs qui se sont transmis ces objets puis les ont transmis au musée que des sociétés où ceux-ci ont été fabriqués et du contexte historique qui a permis de les prélever de leur milieu d'origine. Le musée, nous dit-on, serait un lieu de « dialogue des cultures », mais, si tant est que cette expression ait un sens (voir Debray 2007), un dialogue entre qui et qui? Seul le muséographe semble dialoguer avec lui-même. Merveilleusement situé, même si la zone est inondable en bordure de la Seine, entouré par un superbe jardin qui dépayse, le MQB offre un moment d'éphémère bonheur dans une atmosphère aseptisée, bien loin des turbulences de l'histoire, des missions éducatives des musées et de l'âpreté de la vie quotidienne ici et là-bas, hier et aujourd'hui. Bien loin donc des réalités présentes et passées.

Notes

1. Cet essai a été presenté à l'occasion du colloque « La race dans la culture: l'ethnologie au 20ème siècle vue sous l'angle comparatif, » organisé par Alice L. Conklin et Dorothy Noyes de l'université d'Ohio State University (Mershon Center), les ler 1 et 2 mai 2009.

2. Voir l'excellent compte-rendu qu'en fait JeanPierre Digard (2009).

3. Notons que ce nouvel institut est financé par le Ministère des Colonies et que de nombreux administrateurs coloniaux suivent les cours qui y sont dispensés.

4. Sur l'opposition Musée des Autres/ Musée de Nous, voir de L'Estoile 2007.

5. Voir le compte-rendu de Digard (2008).

Bibliographie

Debray, Régis
2007 Un mythe contemporain: le dialogue des civilisations. Paris: CNRS Publications.

de L'Estoile, Benoît
2007 Le goût des autres: de l'exposition coloniale aux arts premiers. Paris: Flammarion.

2008 L'anthropologie après les musées? Ethnologie Française 38(4):665-670.

Digard, Jean-Pierre
2008 Musée du Quai du Branly: dialogue des cultures ou monologue? L'Homme 185-186:449-454.

2009 Actualité de Paul Rivet. L'Homme 189:229-241.

Formoso, Bernard
2008 Pour un contre-esthétisme didactique dans les musées d'ethnologie. Ethnologie Française 38(4):671-677.

Laurière, Christine
2008 Paul Rivet: Le savant et le politique, Paris: Publications Scientifiques du Muséum National d'Histoire Naturelle.

Musée du Quai Branly (MQB)
2006 Le Guide du Musée. Paris: Musée du Quai Branly.

Price, Sally
2007 Paris Primitive: Jacques Chirac's Museum on the Quai Branly. Chicago: University of Chicago Press.

Taylor, Anne-Christine
2008 Au Musée du Quai Branly: la place de l'ethnologie. Ethnologie française 38(4):679-684.

Viatte, Germain
2006 Tu fais peur tu émerveilles, Musée du Quai Branly, acquisitions, 1998-2005. Paris: Musée du Quai Branly and Réunion des musées nationaux.

Christian Bromberger est professeur d'anthropologie à l'Université de Provence à Aix-en-Provence (France) et membre senior de l'Institut Universitaire de France. Sestravaux de recherche portent sur la construction des identités collectives à travers différents thèmes. Il a mené des travaux de terrain au Gilân, une province du nord de l'Iran, en Provence et dans le Piémont. Ses écrits les plus récents en anglais sont consacrés à l'Iran, au football, et au traitement culturel de la pilosité et sont publiés dans Conceptualizing Iranian Anthropology: Past and Present Perspectives, Shahnaz R. Nadjmabadi, ed. (Berghahn Books, 2010), Stadium Worlds: Football, Space and the Built Environment, Sybille Frank and Silke Steets, eds. (Routledge, 2010), et, sur la pilosité, dans le Journal of American Folklore (2008).

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